Restitution des collections coloniales en Europe : possibilités, défis, dilemmes

TAPAS CONFERENCE LES 2 ET 3 DECEMBRE 2019, GAND

TAPAS / Thinking About the PASt est fier d'annoncer sa conférence sur la restitution des collections coloniales en Europe, qui se tiendra les 2 et 3 décembre 2019 à Gand.

CALL FOR PAPERS

À la suite du rapatriement des restes humains d’Allemagne en Namibie et en Australie, et de la déclaration du président français Emmanuel Macron le 28 novembre 2017 selon laquelle le retour des objets culturels africains était une priorité pour son gouvernement: la question de la provenance et de la restitution des acquisitions coloniales a pris de l’ampleur en Europe. Différents individus, organisations de la société civile et acteurs étatiques exigent le contrôle ou la restitution des restes humains, des archives et des objets culturels des collections coloniales européennes pour lesquels ils revendiquent une affinité culturelle, religieuse, historique ou familiale. En réponse, les gouvernements européens et les réseaux de musées ont mis en place des groupes de travail et ont consulté des experts afin d’élaborer des directives sur la façon de traiter ces questions. Cela a donné lieu à des documents tels que « Recommendations for the Care of Human Remains in Museums and Collections » par le Deutscher Museums Bund, un rapport par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy à la demande d’Emmanuel Macron en 2018 et «Return of Cultural Objects:Principles and Process » par le « Nationaal Museum van Wereldculturen ». Tous ces rapports tentent de formuler des stratégies quant à la manière de repenser et de traiter la présence actuelle de collections coloniales en Europe.


Pourtant, de nombreux musées, collectionneurs et gouvernements continuent de se débattre avec les demandes de restitution. Ils n’ont généralement pas une vision claire de la meilleure façon d’avancer et ont souvent recours à des discours « défensifs ». Il s’agit notamment : (1) de raisonnements légalistes selon lesquels les États et les musées ethnographiques ne peuvent aujourd’hui être tenus responsables pour des crimes commis dans un passé considéré comme lointain et clos, (2) d’arguments concernant la haute valeur scientifique ou économique des objets acquis, (3) d’une logique étatique dans laquelle seules les revendications des Etats soient considérées comme légitimes, (4) de l’argument suggérant « l’incapacité institutionnelle » et le déficit de savoir-faire en techniques de conservation de la part des pays d’origine des œuvres, (6) d’arguments juridiques et émotionnels incluant ces objets culturels africains dans le patrimoine « inaliénable » des Etats européens ou au sein du « patrimoine mondial de l’humanité », (7) de raisonnements qui restreignent le nombre d’objets pouvant faire l’objet d’une restitution uniquement à ceux pour lesquels il est établi qu’ils proviennent de situations spécifiques de pillages et de violences, (8) de propos qui tentent de redéfinir le terme « restitution » de telle façon que ça n’implique plus un retour physique, mais prenne plutôt la forme de prêts, d’expositions itinérantes et de copies numériques ou analogiques que d’originaux, etc.


Le plus frappant, à la fois dans les discours défensifs des Musées et des Etats européens que dans ceux des individus et des organisations qui réclament la restitution, c’est ce qu’ils sont souvent « incommensurables ». Comme le souligne Larissa Förster, les arguments en la matière se basent généralement sur des concepts ontologiques et spirituels spécifiques ou sur des pratiques religieuses et politiques (Förster, 2016). Au cours de cette conférence, nous aimerions explorer les différents défis et dilemmes qui sont en jeu dans les revendications et les processus de restitution des acquisitions coloniales.Nous sommes particulièrement intéressés par les motivations contradictoires et les convictions philosophiques qui sous-tendent bon nombre de ces discussions, ainsi que par les motifs sur base desquels les demandes de restitution sont formulées et / ou refusées. 

Nous nous intéressons particulièrement aux articles traitant des questions suivantes :

  • Discussions sur qui réclame la restitution et quels objets sont soumis à ces réclamations
  • Discussions sur les codes et pratiques juridiques régissant la restitution 
  • Discussions sur les pratiques curatives et les collections coloniales 
  • Discussions sur la propriété culturelle et intellectuelle 
  • Revendications nationalistes et ethniques vs revendications ‘universalistes’ concernant le passé (principe de « patrimoine mondial », par exemple) et les techniques spécifiques utilisées dans ces discussions (revendications relatives à « l’authenticité », à l’affinité culturelle vs. la continuité biologique) 
  • Discussions sur le discours (historique) du patrimoine politique 
  • Discussions sur la responsabilité (trans-générationnelle) concernant les injustices historiques
  • Revendications religieuses sur les relations entre le passé et le présent
  • Discussions sur qui a l’autorité épistémique et peut revendiquer l’expertise appropriée pour parler de / pour le passé 

Nous apprécions et encourageons la diversité des approches, y compris théoriques ; cependant nous invitons tou.te.s les contributeur.trice.s à faire usage d’un ou de plusieurs cas concrets comme point de départ pour construire leur propos.


Informations pratiques


Les personnes intéressées à participer à la conférence sont invitées à soumettre un résumé (maximum de 500 mots) avant le 15 septembre 2019. Les notifications d'acceptation seront envoyées à la fin du mois de septembre 2019.


Veuillez envoyer vos résumés et vos questions à


Eline Mestdagh

Eline.Mestdagh@Ugent.be


Department of History – Ghent University

Sint Pietersnieuwstraat 35


9000 Ghent – Belgium


Comité d'organisation


Prof. Dr. Berber Bevernage (TAPAS, INTH, UGent)

Dra. Marie-Gabrielle Verbergt (TAPAS, INTH, UGent)

Dra. Eline Mestdagh (TAPAS, INTH, UGent)


Dr. Hugo De Block (CARAM, UGent)

Prof. dr. Sarah Van Beurden (CARAM, UGent)

Dr. Hein Van Hee (CARAM, UGent)


Merci à Christian Lukenge pour les corrections dans ce call for papers.